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Of all its wreathed pearls her hair she frees;
Unclasps her warmed jewels one by one;
Loosens her fragrant bodice; by degrees
Her rich attire creeps rustling to her knees:
Half-hidden, like a mermaid in seaweed,
Pensive awhile she dreams awake, and sees
In fancy fair St Agnes in her bed,
But dares not look behind, or all the charm is fled."
The Eve of St Agnes, John Keats, 1819.

-Post datant de Juin 2006 sur un autre blog-
Aujourd’hui j’ai fait un baptême : je suis allée découvrir l’histoire de l’art latino-américain au Malba (Museo de Arte Latinoamericano de Buenos Aires). Je vous avoue que j’étais assez excitée par cette rencontre. J’avais spécialement rien lu, rien parlé avec personne, rien de rien, pour arriver « candide » et en prendre plein les yeux. Et je vous avoue aussi que je suis sortie avec plus de questions que je ne suis entrée… C’était un apéro, et là j’ai envie de passer au plat de résistance !
Cette exposition permanente, tirée d’une collection privée semble-t-il (la collection Costantini) se propose de retracer les grands mouvements de l’art latino-américain au XXème siècle. La collection est très belle, bien que très réduite (130 pièces, ça va vite) : Et donc, forcément, les transitions d’une époque à une autre sont parfois un peu abruptes.
Ce qui, au fond, m’a dérangée dans cette expo, n’est pas tant le manque de matière (c’est là que l’on se rend compte de la richesse des musées français), mais plutôt la teneur même, le fil rouge, le message : le parti pris purement chronologique est assez plat… On empile les périodes, les influences (« Alors des années x aux années y, c’est la période z »). On nous explique, surtout, que les grands artistes latinoaméricains ont tous commencé par vivre en Europe au début du siècle et ne sont revenus chez eux qu’à partir des années 20, tout imprégnés par l’avant-garde et par les courants expressionistes, cubistes et futuristes. Leur production de l’époque s’inspirant donc largement de ces influences. Dès lors, la production du continent n’aura de cesse de se conformer aux influences occidentales : viennent les années 20, le surréalisme, les techniques de libre association et d’automatisme, en même temps que l’art devient engagé politiquement…Les décennies s’enchaînent et se ressemblent tant ce qu’elles expriment est influencé, voire calqué, sur les grands courants artistiques européens.
On ressort de cette exposition avec l’impression légèrement dérangeante que l’art latinoaméricain au XXème siècle n’a pas existé pour lui-même. Qu’il n’a trouvé son identité que dans les influences qu’il a subies, absorbées jusqu’à la substantifique moelle, du Vieux Continent et de la scène artistique américaine. Qu’il était dédié à être exposé, commenté, évalué sur une scène internationale… Or, il était justement intéressant de voir comment ces courants avaient été intégrés dans une production artistique locale, en prise avec les réalités sociales et culturelles de chaque pays. Comment chaque artiste de chaque pays interprétait à sa façon une même idée. Parce que le futurisme, que je sache, c’est une conséquence de la Révolution Industrielle en Europe à la fin du XIXème siècle : quid des pays latinoaméricains ? Ont-ils subi les mêmes changements radicaux au même moment ? J’en sais rien moi… Et j’aurais bien aimé le savoir.
Au-delà de ce malaise que j’ai éprouvé, il y a une question qui me taraude de plus en plus : pourquoi un tel manque de cohésion en Amérique Latine ? Pourquoi ce continent où l’on parle la même langue, où l’on a subi les même outrages historiques, où l’on pratique avec ferveur la même religion, où les institutions et la démocratie sont encore de fragiles concepts, manque-t-il si cruellement d’unité, et surtout, d’identité ? Pourquoi n’existe-t-il pas un « sentiment » latinoaméricain ?
Pourquoi ce continent en apparence si fier regarde-t-il constamment vers ses voisins nord américains et lointains européens dans une relation passionnelle d’amour-haine, au lieu de se construire par lui-même ? Suis-je la seule à déceler ce que j’oserais presque appeler un complexe d’infériorité ? Ici tout le monde me demande pourquoi moi, qui vient du « Premier Monde » (par opposition au Tiers Monde, ils en sont encore à cette classification, c’est dire), je décide de venir vivre en Argentine… Alors que tous les argentins rêvent de faire le chemin inverse du mien ! On me pose la question au moins une fois par jour… Ils n’ont pas encore compris qu’un pays, leur pays, n’est que ce qu’ils en font… J’ai l’impression qu’ils n’ont aucune conscience politique, au sens communautaire du terme. Ils sont super attentistes, voire résignés.
Il existe pourtant quelques (rares) figures mythiques qui ont su, avec peu, rassembler les foules autour d’un idéal populaire et identitaire : Che Guevara, Evita, Zapata … Chaque fois, ces icônes sont encensées de leur vivant, portées aux nues, totalement mythifiées. Preuve qu’il y a une vraie « demande » populaire de personnalités fédératrices. Et puis après ? Ca retombe comme un soufflé… Concrètement, en Argentine, ils idolâtrent la figure du Che mais ils sont d’un individualisme délirant. Cherchez l’erreur.
Je m’interroge donc beaucoup plus en sortant de cette exposition qu’en y entrant … Peut-être n’ai-je pas saisi les bons messages ? Peut-être le commissaire de l’expo voulait-il déclencher ce type de réflexion ? Peut-être l’expo aurait-elle été organisée différemment si elle avait été montée au Mexique, ou au Brésil ? … En tout cas, cela me donne quelques pistes pour mieux appréhender ce continent, lire, réfléchir. Je ne prétends pas tout voir ou tout savoir, et ce texte est évidemment sans prétention aucune : je ne suis pas journaliste au Monde Diplo, encore moins critique d’art ! J’aimerais vraiment avoir des opinions et réactions, pour nourrir ma propre réflexion.
Aparté : le grand moment de cette journée, ça a quand-même été mon premier tête-à-tête avec Frida… j’avais raté l’expo à Londres il y a quelques mois, j’en étais malade. Mais alors là, j’ai pris une claque ! (Mais ça c’est une autre histoire, comme dirait G. Blanc)







